Le monde des enchères : histoire et mode d’emploi

Le monde des enchères : histoire et mode d’emploi

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L’heure de la dématérialisation a sonné pour le monde des enchères avec le risque majeur de voir disparaître au profit d’écrans tactiles un modèle unique en son genre, véritable théâtre des passions mais aussi et surtout lieu incontournable d’échanges, de connaissances et de plaisirs esthétiques. Pourquoi renoncer aux surprises et aux découvertes des matins d’expositions, à l’ambiance survoltée des jours de vente, à cette montée d’adrénaline que tout le monde connaît au moment de lever le doigt ? Car la vente aux enchères avec son suspense et ses rebondissements fait partie de notre patrimoine. Elle existe même depuis la nuit des temps…

La petite histoire de la vente aux enchères

commissaire priseurIl faut en effet remonter à l’Antiquité gréco-romaine pour retrouver l’histoire d’une sculpture de Bacchus confisquée lors du pillage d’une cité grecque en – 146 et adjugée, dans un premier temps, au roi de Pergame ! A l’époque romaine, le concept de salle de ventes publiques (atria auctionaria) existait déjà avec la mise en œuvre d’une publicité préalable tant orale (par l’intermédiaire des crieurs) qu’écrite ( par voie d’affiches). Parfaitement organisée entre les auctionatores (les commissaires-priseurs d’aujourd’hui) et les praecones (crieurs), la vente était reportée sur un cahier des charges où figurait le pourcentage sur le montant des adjudications.

En France, le premier texte régissant les ventes aux enchères publiques est une ordonnance de Saint Louis de 1254, qui distingue les ventes volontaires confiées aux marchands-fripiers, des ventes judiciaires assurées par les sergents à verge (pour Paris et sa banlieue) ou à cheval (dans les baillages et sénéchaussées). C’est véritablement au XVIe siècle avec, notamment, un édit d’Henri II de 1556 que l’on retrouve une organisation des ventes aux enchères telle que nous la concevons aujourd’hui avec en particulier, la création dans toute la France d’offices de « priseurs-vendeurs » tenus d’être « capables et expérimentés ». Cette activité, dès lors, ne cessa de se développer, d’être réglementée et aussi d’innover. Ainsi en 1699 parut le premier catalogue de vente illustré avec plus de 290 tableaux et estampes.

Durant la période révolutionnaire, l’activité n’est plus réglementée et le sera à nouveau, dès 1801, lorsque Napoléon Bonaparte rétablit la fonction de commissaire-priseur, puis tout au long du XIXe siècle avec, notamment, une distinction de plus en plus précise entre ventes volontaires et judiciaires, d’une part et biens neufs et d’occasion, d’autre part. Les réformes des 10 juillet 2000 et 20 juillet 2011 formaliseront ces distinctions en réformant le statut des commissaires-priseurs qui ne conservent leur monopole que pour les ventes judiciaires réalisées au sein de leur office, tandis que les ventes volontaires sont désormais dirigées au sein de sociétés commerciales, créées à cet effet.

La naissance d’un hôtel des ventes

Si l’hôtel des ventes de Drouot a été récemment entièrement rénové, son fonctionnement n’a pas changé et le déroulement d’une vente aux enchères est toujours le même, avec bien sûr l’apport supplémentaire des lignes de téléphone et de Drouotlive. La tradition, sauf durant la période romaine, voulait que les ventes aux enchères aient lieu au domicile du vendeur ou éventuellement dans un local spécialement loué dans ce but et ce n’est qu’au début du XIXe, en 1807, que la chambre des commissaires-priseurs de Paris décida d’acquérir un local destiné aux ventes aux enchères.

Toujours situé dans le quartier de la bourse, mais d’abord rue de Grenelle St Honoré (aujourd’hui rue Jean-Jacques Rousseau), puis rue Platrière (aujourd’hui rue Jean-Jacques Rousseau), enfin c’est le 1er juin 1852 que sera construit l’hôtel des ventes actuel au 9 rue Drouot, empruntant son nom à l’aide de camp de Napoléon 1er, le comte Antoine Drouot. Commença alors l’une des périodes les plus fastes de l’hôtel des ventes, avec notamment la vente de la collection graphique de Delacroix en 1864, puis celle d’Ingres trois ans plus tard, la première vente impressionniste le 24 mars 1875, les 4 et 5 février 1884 la vente Manet … Après un passage de cinq années à la gare d’Orsay correspondant aux temps des travaux, l’hôtel des ventes fut entièrement reconstruit en 1980, année charnière qui amorça une longue succession de ventes prestigieuses faisant de Drouot le centre des records du marché de l’art français et international.

Chantal Grangé et Violaine Leyte, diplômée commissaire-priseur.