Les différents supports de la peinture

Les différents supports de la peinture

joconde

Saviez-vous que la célébrissime Joconde dont le sfumato a traversé pas moins de cinq siècles a été peinte à l’huile sur un mince panneau de peuplier ? Aujourd’hui protégée par une épaisse glace de verre, elle semble à l’abri des variations climatiques, du crépitement incessant des flashes et des risques de déprédation. Une protection certes indispensable mais qui malheureusement va à l’encontre de l’émotion universelle que procure la contemplation rapprochée d’une œuvre d’art, et plus particulièrement d’une surface picturale peinte sur panneau, il y a de cela plusieurs siècles. Car en effet Léonard de Vinci, comme ses condisciples flamands des XVe et XVIe siècles, a su mieux que quiconque jouer de la juxtaposition des glacis sur la surface préparée du panneau qui, une fois poncé, donnait un aspect aussi poli que le marbre. Une technique virtuose qui ne peut s’apprécier qu’en approchant l’œuvre physiquement.

Le panneau de bois

Ce support a été utilisé depuis l’Antiquité et s’est généralisé en Europe avec les tableaux d’autel et les coffres de mariage (cassoni) en Italie dès le XIIe siècle et dans le reste de l’Europe aux XIVe et XVe siècles; il demeura le support privilégié des peintres des écoles du nord au XVIIe siècle. Les essences locales étaient préférées aux bois exotiques : en Hollande et dans le nord de la France, on utilisait le chêne, en Allemagne, le tilleul, au sud de la Loire le noyer, en Espagne le châtaignier, et en Italie le peuplier. Le type d’essence de ce fait peut aider à déterminer le pays d’origine dans lequel la peinture a été réalisée.  On trouve encore des peintures sur panneau aux XIXe et XXe siècles avec de nouveaux bois comme l’acajou, le contre-plaqué ou l’isorel.

Le panneau peut être constitué d’une seule planche, ou de plusieurs. Le problème majeur de la conservation des panneaux sont bien sûr les fentes (occasionnées par la chaleur, les écarts de température) mais aussi les moisissures et les trous de vers. A chaque support, son restaurateur; pour éviter les fentes du bois, le parqueteur  va renforcer le panneau par un quadrillage de petites lattes ou bien colmater une fente avec des « papillons », c’est-à-dire deux pièces de bois installées à contre-fil à l’arrière du panneau. Il est bien sûr vivement déconseillé d’exposer une peinture sur panneau près d’un radiateur et d’une manière générale, l’œuvre se conserve mieux à l’aide d’ un humidificateur.

La toile

A partir des XVe et XVIe siècles, le panneau est concurrencé par la toile qui est une matière plus légère, plus fine et forcément plus facile à transporter. Elle peut être de différentes textures – épaisse ou rugueuse – en toile de coton et de jute comme au XIXe siècle, ou bien tissée de différentes manières, à motif de chevrons par exemple, comme souvent à Venise. On peut d’ailleurs très bien les observer en s’approchant de l’immense toile de 67m2 des Noces de Cana de Veronese destinée à orner le réfectoire du couvent de San Giorgio Maggiore à Venise (une toile qui malgré ses dimensions exceptionnelles, fut roulée et transportée par bateau jusqu’à Paris par les troupes napoléoniennes en 1797).

Au XVIIe siècle, la toile devient le support privilégié des peintres; elle l’est encore de nos jours même si l’acrylique et la peinture aérosol ont supplanté la peinture à l’huile.  Le châssis à clef quant à lui est apparu vers le milieu du XVIIIe siècle. Il permet de tendre la toile sur un cadre en bois monté préférablement par tenons et mortaises ;  simple ou avec des traverses selon les pays, il possède 6  clés de tension aux angles qui peuvent retendre le support de l’œuvre si nécessaire. Comme l’essence du bois d’un panneau, la marque du fabricant de toiles apposée au revers est elle aussi une source précieuse de renseignements quant à l’authentification d’une œuvre et à sa datation.

Les autres types de support

Parmi les plus courants, le cuivre dont l’utilisation s’est répandue à partir du XVIe siècle, aussi bien en Italie que dans le Nord. Il ne se dilate quasiment pas, mais peut subir des déformations, et aussi peut présenter des manques ou des rayures comme toutes les autres surfaces. Parmi les tableaux anciens et ceux de la première moitié du XIXe siècle, on peut également rencontrer des peintures sur ardoise, sur marbre, sur onyx ou bien encore dans le cas des miniatures, sur ivoire – la rareté du support n’étant pas un gage de plus-value commerciale.

On ne peut manquer d’évoquer bien sûr le support inégalable que représente la surface étendue des murs, celle-là même qui a recueilli selon les époques les chefs d’œuvres de l’humanité de la peinture à fresque : les murs de la Basilique d’Assise ou ceux de l’église de l’Arena de Padoue peints par Giotto, le plafond de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange ou plus près de nous et plus modestement, les murs de l’église de Saint-Germain des Prés par Hippolyte Flandrin…  Ce sont  aujourd’hui les différentes expressions de  l’art urbain  – graffiti – street art – yarn bombing –  qui envahissent la nouvelle surface des  murs et des façades de nos villes et qui désormais, font partie de nos vies.