Résultats d’enchères : Marie Laurencin, Eugène Montézin, Jean Dewasne

Résultats d’enchères : Marie Laurencin, Eugène Montézin, Jean Dewasne

dewasne

Confiés par des particuliers au service “Enchères” de l’Art et ses Services, ces trois tableaux de Marie Laurencin, Eugène Montézin et Jean Dewasne estimés respectivement 15/25 000 €, 6/8 000 €, 7/9 000 € ont vu leurs estimations dépassées et ont été adjugés 32 000 €, 25 000 €, 9 200 €. Des enchères soutenues pour des tableaux aux qualités certaines :

Marie LAURENCIN (Paris 1883 – Paris 1956)

laurencinDenise de Laittre, vers 1946

Huile sur toile, signée en haut à droite

45 X 36 cm

St Cloud, vente anonyme, 17 février 2019

Estimé : 15 000/25 000€ – Adjugé : 32 000€

Ce délicat portrait, reproduit dans le catalogue raisonné de l’œuvre peint de l’artiste par Daniel Marchesseau, 1986, p. 344, n° 856 et exposé à Tokyo en 1978, sous le n° 32, cherche davantage à traduire la sensibilité et la grâce du modèle qu’à représenter ses traits.

Marie Laurencin fut un des portraitistes prisés d’une société choisie et plutôt féminine durant la première moitié du XXe siècle, la période moderne. Elle débute sa formation par l’étude de la peinture sur porcelaine, puis très vite suit les cours de dessin de la Ville de Paris et de l’Académie Humbert. Elle fréquente Pablo Picasso et le groupe d’artistes du Bateau Lavoir (Le Douanier Rousseau, Amedeo Modigliani, Henri Matisse, André Derain, Georges Braque, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Jean Cocteau…) puis ceux de Montparnasse (Gauguin, Brancusi, Fernand Léger… ainsi que les artistes étrangers comme Foujita, Soutine, Zadkine, Chagall, Chirico… qui ont constitué l’École de Paris). Sensible un temps au fauvisme, c’est sous l’influence des peintres cubistes qu’elle simplifie et idéalise les formes. Puis dès 1910, elle adopte un style pictural propre, indépendant de l’avant-garde. Elle décrit avec délicatesse et luminosité la grâce féminine de ses élégantes en utilisant une palette de tons neutres, gris, rose et pastels qui rendent ses œuvres si évidemment reconnaissables.

Pierre-Eugène MONTEZIN (Paris 1874 – Moëlan-sur-mer 1946)

Pierre Eugène Montezin Moisson dans la creuse - Chantal GrangéMoisson dans la Creuse

Huile sur toile, signée en bas à droite et titrée au dos. Porte une ancienne étiquette de la Galerie Raphaël Gérard, Exposition Montézin du 9 au 23 mai 42 sous le numéro 30.

61 X 73 cm

Œuvre incluse dans le catalogue raisonné en préparation sous le numéro 501.

St Cloud, vente anonyme, 17 février 2019

Estimé : 6 000/8 000€ – Adjugé : 25 000€

Beau résultat d’enchères pour ce paysage estival de Pierre-Eugène Montézin, qui débute pourtant sa formation de peintre par un apprentissage dans une maison de décoration. Très vite attiré par les théories et les techniques des peintres impressionnistes, en particulier Monet, Pissaro et Sisley, il délaisse la peinture murale décorative pour se consacrer à la peinture sur toile. A l’instar de ses aînés, Montézin aime peindre en plein air et cherche à défier les compositions paysagistes les plus complexes : temps pluvieux, chute de feuilles à l’automne, neige immaculée. Ainsi dans notre tableau les couleurs posées par des touches larges et divisées vibrent et rendent presque palpable l’atmosphère chaude et poussiéreuse de cette journée de moisson. Perfectionniste, il fabrique lui-même ses pigments. Il lui aura cependant fallu 10 ans pour se faire admettre en 1903 au Salon des Artistes Français, depuis son premier refus en 1893. Peu à peu l’artiste se fait reconnaître. Il reçoit des médailles aux Salons de 1907 et 1910, le Prix Rosa Bonheur en 1923, la médaille d’honneur au Salon de 1932 et en 1933, il est élu à l’unanimité Président du jury du Salon des Artistes Français. Il expose dès lors dans les plus belles galeries parisiennes ( Galerie Charpentier, Galerie du Journal, Galerie Durand-Ruel, Galerie Raphaël Gérard…). La reconnaissance de ses pairs devient totale lorsqu’il est élu à l’Académie des Beaux-arts, au fauteuil de Vuillard en 1940. Ses œuvres sont conservées dans les musées de Rouen, Bordeaux, Lille et Marseille.

Jean DEWASNE (Lille 1921 – Paris 1999)

dewasneVent d’Est

Laque glycérophtalique sur panneau, signée et titrée au dos.

50 X 65 cm

Provenance : acquise directement auprès de l’artiste en 1986

St Cloud, vente anonyme, 18 juin 2018

Estimé : 7 000/9 000€ – Adjugé : 9 200€

Peintre et théoricien, Jean Dewasne est un artiste majeur de l’abstraction dite constructive d’après-guerre. Après des études de philosophie, de musique et d’architecture il se tourne finalement vers la peinture et s’engage dans l’abstraction dès 1943 aux côtés d’artistes comme de Staël, Hartung, Poliakoff ou Arp. Il contribue à la création en 1946 du Salon des Réalités Nouvelles, nouveau salon des peintres abstraits, qui imposera cette forme d’expression dans la France d’après-guerre. Jean Dewasne est extrêmement novateur tant dans sa conception formelle que dans ses techniques. Son objectif est de libérer la couleur du plan pour investir l’espace industriel et urbain, de débarrasser la peinture de toute contrainte en particulier figurative pour construire un langage universel grâce à la couleur.

Sa peinture se caractérise par des formes simples aux couleurs vives, agencées selon des rythmes complexes et sur un même plan. C’est ce qu’il appelle la topologie et que l’on retrouve parfaitement dans l’œuvre présentée : la perspective classique est rejetée. Son nouveau langage plastique le conduit à s’éloigner de la peinture traditionnelle en choisissant de nouveaux matériaux (peintures glycérophtaliques, laques, émail à froid, Ripolin), des supports inhabituels (contreplaqué, métal) et de nouveaux médiums comme la peinture au pistolet. Il crée ainsi dans les années 50, les anti-sculptures faites à partir de pièces de carrosserie d’automobiles qu’il peint en couleurs vives avec une laque industrielle et, à partir des années 1960, des compositions murales monumentales, comme celles de l’usine Gori au Danemark (1979), le Stade de glace de Grenoble (1968), la Grande Arche de la Défense (1989) ainsi que des fresques pour les métros de Hanovre et de Rome.

Il poursuit ses recherches, rédige de nombreux écrits dont un « Traité de la peinture plane », publie dans les revues les plus avant-gardistes des années d’après-guerre et fonde l’atelier d’Art Abstrait qui connaît un rayonnement international en formant des artistes venus du monde entier. Sa notoriété est telle qu’il est choisi pour représenter la France à la Biennale de Venise en 1968. En dépit de cet engagement collectif, son travail sur l’abstraction restera néanmoins personnel et différent de celui des autres peintres de son époque. Son œuvre échappe à l’abstraction géométrique issue de cercles et de carrés que l’on retrouve chez François Morellet ou Gottfried Honneger ou celle qui s’oriente vers un art optique comme Agan ou Vasarely. Aujourd’hui, son œuvre est notamment présente dans les collections du Musée d’Art Moderne de New York, du Centre Pompidou et du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, de la Galerie Nationale et du Statens Museum au Danemark.

Violaine Leyte, historienne de l’art.